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Histoires de Chiens Guides, témoignages


B. Sonrel et Viborg

B. Sonrel et Viborg

E. Chedeville et Trémis

E. Chedeville et Trémis

O.Prado et Patty

O.Prado et Patty

A. Vappereau et Twid

A. Vappereau et Twid

F. De Brobèque et Usso

F. De Brobèque et Usso

Mme Bouvier et Ura

Mme Bouvier et Ura

C. Quignard et Dora

C. Quignard et Dora

P. Balin et Iago

P. Balin et Iago

O. Chaduc et Rubis

O. Chaduc et Rubis

D. Valerio et Fog

D. Valerio et Fog

S. Fritot et Prisca

S. Fritot et Prisca

P. Isel et Oslo

P. Isel et Oslo

P. Balin et Iago

P. Balin et Iago

M. Piot et Loxley

M. Piot et Loxley

M. Ferrant et Iulia

M. Ferrant et Iulia


  Viborg, mon Chien Guide



"chien visiteur" pour l'association " Quatre Pattes Tendresse "

J'ai pris mon PAM hier pour me rendre a l'hôpital Paul Brousse. Mon chien Viborg et moi formons un binôme chien médiateur-bénévole, auprès des différents services de gériatrie et de soins palliatifs, programme mis en place au sein de plusieurs hôpitaux parisiens par l'association " Quatre Pattes Tendresse ", association fondée il y a désormais 14 ans par Catherine Barthalot.

Il ne faut pas oublier que les résidents de gériatrie, atteints tous plus ou moins de maladies type Alzheimer, n'ont souvent que très peu, voire plus du tout de visites, car le mot même de démence fait peur à la famille, comme à moi avant que je rencontre Mme M., résidente depuis de nombreuses années.
Mme M. était assise tranquillement dans la salle à manger, aujourd'hui habillée et non prostrée au fond de son lit comme cela peut arriver. Nous allons à sa rencontre et lui proposons de retourner dans sa chambre car, lui disons nous, nous avons quelqu'un à lui présenter. A la porte de sa chambre elle aperçoit immédiatement Viborg et sourit, très heureuse de la visite et de cette surprise; pour elle qui ne parle presque pas, oublie tout et a tout oublié de son passé, de son histoire, rencontrer Viborg est toute une aventure ! Nous l'invitons à s'asseoir et à câliner Viborg, à le brosser, à lui lancer une balle, à lui donner une récompense et, meilleur moment pour elle de la journée, à aller le promener. Nous lui donnons une deuxième laisse qu'elle accroche au collier du chien et prévenons le personnel que nous sortons. Nous faisons une bonne balade dans le jardin puis nous rentrons dans le bâtiment.
Et là, Mme M., malgré son stade avancé de maladie, se souvenait du nom du chien, était pour une fois très heureuse, peut- être avait-elle même mit ses problèmes de côté, car nous l'avons vu rire en jouant avec le chien, en l'observant, époustouflée nous a-t-elle dit de l'attitude de Viborg, qui faisait attention au parcours comme tout bon chien guide alors qu'il n'avait pas le harnais et que je le tenais juste en laisse.

Ses derniers mots, à part pour nous dire qu'elle était d'accord pour que l'on revienne (sans doute un jour où elle voudra rester au lit, Viborg arrivera à l'en faire sortir), ont été de faire attention a mon chien car elle allait me le voler ! Pour elle, c'était enfin de l'affection, on s'intéressait à elle, on la considérait et on la traitait en adulte responsable...

Voilà tout ce que peut apporter un chien médiateur. Et encore, je débute et Viborg aussi ! Mais lorsque vous sentez le visage de toutes ces personnes s'illuminer dès qu'elles le voient, que demander de plus ?

B. SONREL



  La rencontre avec mon chien guide 



par Eric Chédeville
Au début, on met le pied dans le sable, on s'enfonce légèrement, rien d'inquiétant. Un peu plus loin, c'est le mollet qui s'enfonce, et là, il devient plus difficile de sortir la jambe du sable. Plus tard, on a du sable jusqu'aux cuisses, et on réalise alors que l'on est bloqué, que l'on commence à s'enfoncer inexorablement dans ces sables mouvants. On essaie de rester calme : c'est vrai, on dit toujours qu'il faut garder son calme dans les sables mouvants. On se demande comment on a fait pour tomber là-dedans, et pourquoi on n'arrive pas à en sortir, on appelle au secours. Personne. On agite les mains dans tous les sens car le sable nous a envahi jusqu'à la taille, mais il n'y a rien pour s'accrocher. On crie, on hurle, mais personne n'entend, car c'est un cri intérieur, c'est le cri de la maladie de la déficience visuelle, rampante comme un serpent, qui vous étouffe lentement, sans mot dire, sans brutalité. Quand vous voulez fuir, il est déjà trop tard. Il ne reste plus aucune chance, personne ne s'est arrêté, ou plutôt personne n'a su s'arrêter pour vous aider, aux bons moments. Vous êtes sur le point de vous laisser couler dans les sables mouvants, laissant un bras sorti, symbole de la lutte, de la non-résignation et de l'espoir, jamais atteint... Quand soudain, quelque chose accroche votre manche, quelque chose de fort et dynamique. Il vous fixe et recule avec énergie, il tire, il tire de toutes ses forces, et on sent que sa détermination est inébranlable.
Sa joie sera entière lorsque vous serez sorti de là. Vous êtes tellement surpris, mais surtout tellement fatigué, que vous vous laissez faire. Cette tête venue de nulle part, pleine de vigueur et de joie, c'est celle de votre chien guide, venu de l'au-delà, pour vous sauver la vie et redonner l'espoir. Au début, je n'arrivais pas à y croire : c'était bien un chien qui m'avait sorti de ce pétrin !

- " Pourquoi as-tu fait cela chien ?
- parce que l'on m'a éduqué pour cela monsieur.
- On t'a éduqué pour ça ? Mais qui ?
- Quand je suis né, on m'a placé dans une famille d'accueil, qui m'aimait beaucoup. Pour que je devienne sociable, ils m'emmenaient partout : dans les magasins, dans les transports et même en vacances ! Ensuite, quand j'ai eu un an, je suis retourné à l'école, où l'on ma présenté mon éducateur, William. C'est lui qui m'a appris à devenir un chien guide d'aveugle.
- Un chien guide d'aveugle ? Mais, c'est quoi ça ?
- C'est moi.
- Toi ?
- Oui, moi.
- Et alors, que sais-tu faire ? Tu es comme ces chiens de cirque qui savent faire des numéros, hein ? Tu sais compter, sauter, danser ?
- Non, je ne sais pas compter, je ne sais pas danser, je ne parle pas non plus, je ne sais pas lire, mais je peux te guider dans l'obscurité qui est la tienne.
- Je n'ai pas besoin d'un chien pour me guider, va-t-en ! ".

" Pour qui il se prend celui-là. Moi je suis un humain, je suis intelligent, je sais compter, je sais danser, je lis aussi, et puis je me débrouille très bien avec ma canne blanche.... " Je me relevai, encore un peu choqué de ce qui venait de m'arriver, et repris mon chemin, tâtonnant, les mains tendues, pour ne pas me cogner. " Ma vue baisse, c'est comme des briques que l'on ajouterait chaque jour et, petit à petit, c'est un mur qui se dresse devant moi. Les briques, c'est le handicap ; le ciment qui rend ce mur indestructible, c'est le regard que portent les autres sur moi. Je suis directeur d'une maison de disques, mais depuis que j'ai la canne blanche, les gens n'osent même plus me demander si je travaille.... Je souffre. Non mais c'est vrai, c'est quoi cet animal prétentieux, il croit qu'il peut me guider, alors que moi j'ai tant de mal à le faire ; je n'y crois pas, encore une arnaque pour faire dépenser de l'argent aux personnes handicapées. Et ce mur qui s'épaissit. Je souffre tellement ! ".

-" Essaye-moi, dit le chien, tu ne risques rien, et si tu n'es pas content, tu me ramèneras à l'école. En plus, tu sais, pour toi, c'est gratuit. C'est vrai que je coûte très cher, mais je suis toujours remis gratuitement aux aveugles et aux malvoyants. Prends-moi un week-end et tu verras bien. "

Je suis parti avec Trémis, un berger blanc de quarante kilos, très encombrant. Le premier week-end, sans harnais et juste avec une laisse, il tirait comme un fou. Je me suis dit que jamais un chien comme lui ne pourrait me guider. Je suis allé en forêt pour le promener, et j'ai pu me rendre compte qu'il m'aidait à mieux voir le chemin : cette grosse " tache blanche " contrastait avec le chemin et me permettait de mieux le repérer, un peu comme un " marker ". Quand je l'appelais, il ne revenait pas, il ne m'obéissait pas vraiment. C'est alors que j'ai entendu les premiers :
" Ho ! Regarde ce chien comme il est beau ! ". J'avais plutôt l'habitude d'un silence un peu pesant à mon passage, avec ma canne blanche. Là, j'avais toujours la canne, mais les gens trouvaient ce chien tellement beau qu'ils m'abordaient en me demandant de quelle race il était, où je l'avais acheté, etc.... J'ai expliqué que c'était un chien qui était en formation, qu'il deviendrait un chien guide d'aveugle, que j'étais malvoyant. D'habitude, les gens sont attristés, mais là, ils étaient émerveillés. Cela me poussa à aller de l'avant. " Ok, je te ramène à l'école lundi, mais je viens te chercher le week-end prochain ! "
Au début ce n'était pas évident, j'ai eu Trémis comme chien de compagnie pendant plusieurs mois et je pensais vraiment qu'il ne pourrait pas me guider. Néanmoins, il était si beau, il y avait tellement de gens qui m'abordaient, que ça m'a poussé à aller plus loin. En même temps, je n'étais pas très heureux, car accepter ce chien, c'était accepter que la maladie était vraiment devenue handicapante ; ce chien, c'était un peu comme un fauteuil roulant.... Un jour, alors que l'on se promenait, il s'est cogné et s'est fait mal. Je l'ai entendu pleurer et ça m'a fendu le coeur ; je me suis précipité pour voir s'il n'avait rien. A ce moment-là, j'ai compris que l'on avait créé un lien. Mon coeur s'est rempli de joie, et pourtant ce n'était toujours pas mon chien guide.
Quatre mois plus tard, on a eu rendez-vous à l'école pour commencer la formation avec Trémis. Je me disais : " C'est impossible que ce chien me guide, ça fait quatre mois que je l'ai en chien de compagnie, il est gentil, mais est tout fou, il ne sait pas guider ! " Je suis arrivé à l'école et, pour la première fois, on lui a mis le harnais sur le dos, et on lui a dit : " va devant ! ". Alors comme par enchantement, Trémis s'est mis à marcher, sans tirer, à mon allure, évitant tous les obstacles. Je n'arrivais pas y croire, c'était incroyable, on avait transformé mon chien !

-" M. Chédeville, quand vous travaillez, vous n'êtes pas pareil vous non plus, non ? " C'est vrai, mais je ne pensais pas que c'était pareil pour un chien !

Non seulement, il évitait les obstacles, mais il ralentissait au moment d'arriver à un escalier, faisait la différence entre un escalier mécanique et un escalier normal. Mais ce n'et pas tout : il était capable de me trouver un distributeur de billets, un siège, une poubelle, le métro.... Je n'en croyais pas mes pauvres yeux ! Au début, j'avais toujours peur de me cogner, qu'il se trompe. Un jour, M. Romero nous a dit : " Aujourd'hui, on va aller au marché et, si vous le désirez, vous pouvez essayer de mettre un bandeau sur les yeux. " Je n'osais pas y croire ; c'est vrai que je ne reconnaîtrais pas un éléphant dans un couloir, mais j'avais l'impression que c'était le peu de vue qu'il me restait qui faisait la différence. Au fond, j'avais encore l'impression que c'était moi le guide. Allez ! Je me suis lancé, j'ai mis le bandeau sur les yeux, et en route pour le marché. Déjà, quand je n'y voyais pas trop mal, le marché je n'aimais pas vraiment ça parce qu'il est rempli de barres et de poteaux. Mais là, avec un bandeau sur les yeux.... En nous approchant, je commençais à sentir les odeurs du marché, à entendre les commerçants, mon coeur se serra, qu'allait-il se passer ?
J'avançais dans le marché, il y avait du monde, le chien faisait attention de ne bousculer personne. J'entendais des gens autour de nous : " Regarde ce chien comme il est beau ! " j'étais stressé. En passant devant le charcutier, malgré la tentation du poulet rôti, Trémis ne s'arrêta pas. Le marché du 12ème arrondissement de Paris, il est grand. J'avais l'impression que cela durait depuis une éternité, et puis, au bout d'un moment, j'entendis le marché qui s'éloignait... C'était fini, j'avais traversé tout le marché avec un bandeau sur les yeux, sans qu'il arrive le moindre dommage !
Une fenêtre venait de s'ouvrir sur ce mur qui me bouchait la vue. On venait de percer ce mur, qui se mettait devant moi et m'empêchait d'avancer, faisant entrer de la lumière dans ma vie. C'est mon chien Trémis, le plus beau chien du monde, mon chien guide, mon ami. Maintenant, je regarde l'avenir avec confiance, je ne serai plus jamais perdu car j'ai mon chien guide. Comme le dit si bien Saint-Exupéry dans Le Petit Prince : " Nous avons crée des liens et nous sommes devenus amis. " Finalement, ce chien m'apporte bien plus que le simple " travail " qu'il fournit. Mais ça, c'est une autre histoire.

E. CHEDEVILLE



  Mon chien, mon travail 



Patty éducatrice !

Je suis kinésithérapeute dans un établissement accueillant des enfants polyhandicapés de 4 à 12 ans. Lorsque j'ai dit que j'allais avoir un chien guide, la direction a accueilli la nouvelle de façon tout à fait positive: en plus de me guider dans mes trajets pour me rendre sur mon lieu de travail, ils y ont vu le côté positif pour les enfants.

Les enfants qui sont pris en charge dans cet établissement ont des troubles divers, tant sur le plan moteur que mental, et certains d'entre eux présentent également des troubles du comportement. Le directeur a immédiatement prévenu tout le monde que Patty aurait le droit de se promener partout dans l'établissement sans restriction. Avoir un chien est un rêve de plusieurs établissements mais c'est assez compliqué: qui s'occuperait de lui le soir, qu'en faire pendant les vacances?... de cette façon, tout ce genre de problèmes était résolu.

Il se trouve en effet que Patty a trouvé un accueil chaleureux auprès du personnel, mais aussi et surtout auprès des enfants: certains d'entre eux font des efforts incroyables pour se rapprocher de Patty et la toucher, d'autres enfants se risquent à prendre appui sur elle pour se mettre debout... Les interactions se passent au mieux, chacun doit composer avec l'autre: certains enfants ont peur lorsque Patty va leur faire une léchouille, et à l'inverse, Patty n'apprécie pas toujours d'être prise pour un déambulateur, mais ils arrivent à composer les uns avec les autres pour finir par s'entendre. Certains enfants tétraplégiques veulent la caresser, il faut un peu les aider, Patty se prête bien au jeu, elle pose sa tête sur l'enfant, mais il ne faut pas que cela dure trop longtemps, elle se sauve. Alors l'enfant fait l'effort d'utiliser le peu de motricité qu'il possède pour tendre ses bras, essayer d'ouvrir la main, redresser la tête pour la regarder, et essayer d'articuler son nom.

Pour les enfants plus craintifs, on les voit petit à petit se détendre, hésiter, ne sachant pas trop ce qui va être le plus fort entre le désir d'aller vers Patty (qui est aussi mon chien et ce n'est pas anodin), et celui de l'éviter; on les voit vaincre leur crainte jour après jour. Par l'intermédiaire de Patty, on voit également se jouer les rapports à l'autre: des enfants assez introvertis se mettent à lui donner des ordres, vouloir qu'elle vienne se coucher près d'eux pour qu'ils puissent l'attraper, la câliner... tantôt Patty accepte, tantôt elle refuse... Enfin, on note clairement plusieurs effets positifs sur les enfants.

Pourtant Patty est assez dynamique, vive, a un caractère assez fort... eh bien là, elle ne saute pas sur les enfants, n'est pas brutale, a des attitudes insoupçonnées bien qu'elle n'ait pas été éduquée dans ce sens. Ceci dit, il faut, bien sûr, veiller tout de même à ce que tout se passe bien (que les enfants ne lui tirent pas les oreilles, la queue, les poils... enfin tout ce qu'ils parviennent à attraper, cherchent à lui marcher sur une patte lorsqu'elle est couchée et refuse d'obéir...), car si Patty est patiente, elle a grogné deux ou trois fois parce qu'un enfant lui avait carrément arraché une touffe de poils (cela ne doit pas faire du bien!)

Avec ses journées bien chargées, Patty me guide encore sur le trajet du retour à la maison, et je peux vous dire que ces jours-là elle va vite se coucher dans sa corbeille et semble bien lessivée. Mais le lendemain, elle remet ça avec entrain!

O. PRADO



  Vive Twid ! 



Je l'ai attendu longtemps, mais ça valait vraiment la peine d'attendre !

16 juillet 2004: aujourd'hui, j'ai vingt ans. En ce grand jour pour moi, je me réveille dans la chambre qui m'a été attribuée pour mon stage à l'Ecole de Chiens Guides. Non loin de moi se trouve Twid, que je connais peu mais que j'aime déjà. Il se lève d'un bond en entendant le réveil et vient près du lit pour m'attraper le bras en " chantant ": c'est sa manière de saluer !
Quel meilleur réveil aurais-je pu espérer le jour de mes vingt ans ? Et quel plus beau cadeau aurais-je pu recevoir pour mon anniversaire que cet adorable grand flat tout noir?
Pourtant, le stage de remise ne fut pas de tout repos, il fut même parfois éprouvant ...

Il faut doucement apprendre à se connaître

Combien de fois me suis-je demandé, au début du stage, si j'arriverais un jour à maîtriser cet animal qui ne pensait qu'à faire la course avec les chiennes des deux autres stagiaires, ou qui ne voulait pas contourner un poteau ou m'indiquer la présence d'un trou ? Finalement, avec le temps, les choses se sont arrangées : j'ai fini par comprendre comment il fallait parler à Twid et comment lui expliquer que c'était moi la maîtresse ! Aujourd'hui, il m'obéit presque "au doigt et à l'oeil ", c'est une grande satisfaction.

Puis la confiance s'installe

Au début, je sollicitais les passants pour m'assurer que j'étais dans la bonne rue, que le passage piéton était bien là où Twid me l'indiquait... Et puis peu à peu, la confiance s'est établie. Certes oui, il me fait toujours parfois des mauvaises blagues, tente de bifurquer discrètement quand il n'a pas envie d'aller à la Sorbonne, mais je rattrape toujours la situation...

Twid crée un lien social !

Voulez-vous partager une journée avec Twid et moi ?
Le matin, je me lève, je salue Monsieur Twid pendant au moins cinq minutes, car les salutations du matin, c'est sacré ! Après nos repas respectifs, nous partons à la gare ; Il arrive que Monsieur n'ait pas envie d'aller en cours et qu'il avance au ralenti : je dois alors négocier ferme et lui promettre une bonne friandise, toujours meilleure ou plus grosse que la veille, pour le décider ! Une fois en cours, je lâche le fauve. Cette solution me semble plus simple que de le garder attaché : il peut se dégourdir les pattes, se coucher où il veut, quand il veut. Il est si sage que je peux me le permettre ! Avant d'aller se coucher tranquillement dans un coin, il fait le tour de la salle de cours, même des amphithéâtres, pour saluer les étudiants. Il a maintenant des amis, qu'il m'a présentés : grâce à lui, j'ai rencontré des gens qui sont venus me dire, après un cours, que Twid était vraiment beau, gentil, sage, doux, et avec qui la conversation s'est engagée. Twid crée du lien social ! Même des professeurs, à la fin des cours, lui parlent et le caresse, ce qui m'a permis, en début d'année, de les aborder très facilement pour leur expliquer mes besoins. Certains d'entre eux se sont même mis à rire lorsqu'ils ont entendu Twid, qui rêvait, japper pour la première fois, et l'ont vu les quatre pattes en l'air qui remuaient, comme s'il courait...
D'autres fois, ce sont des gens dans les transports en commun qui m'abordent et me racontent, après avoir admiré la beauté de mon cher chien, des histoires canines dans le détail... C'est divertissant !
Il m'arrive même de croiser des gens dans la rue qui ne font que me dire : " Qu'il est beau, votre chien ! ".
A la fin de la journée, nous repartons à la maison, et là, nous allons nettement plus vite qu'à l'allée ! Il nous arrive même de faire un peu de jogging: nous nous amusons comme des fous, mais des fous prudents et disciplinés !
Une fois rentrés à la maison, il faut jouer à la balle. C'est obligatoire, c'est sa récompense pour s'être tenu sage comme une image, ou comme une peluche, pendant toute la journée. Les parties durent en moyenne une demi-heure, et j'avoue que, sauf quand il fait froid ou qu'il pleut, je ne m'en lasse guère ... J'adore l'entendre courir après sa balle, revenir, et ne la lâcher qu'une fois que je la tiens, ou bien la ramasser s'il l'a fait tomber. Je m'amuse à lui faire croire que je la lui lance dans une direction, et finalement, je lui la lance dans l'autre, pour faire varier les plaisirs...
La balle est l'une des passions de Twid : il y jouerait toute la journée s'il le pouvait, j'en suis sûre.
Enfin, le soir, il a droit à sa petite promenade digestive, pendant laquelle il passe son temps à courir, soit simplement pour se défouler, soit pour courser un malheureux chat qui passe par là ! La course-poursuite avec les chats, c'est une autre de ses passions.
Et le week-end, c'est la grande promenade, avec la rivière dans laquelle il plonge immanquablement, les sentiers de randonnée de la fac d'Orsay, bref le bonheur total !

Je conclurais par ceci, comme disent beaucoup de maîtres de Chiens Guides: Twid a changé ma vie. Ce n'est certes pas original, et pourtant c'est vrai : c'est un chien et j'adore les chiens, il marche vite et j'aime marcher vite, il est joyeux et me permet donc d'évacuer le stress de la journée... Que demander de plus ?

A. VAPPEREAU



  USSO mon troisième Chien Guide 



USSO est véritablement mon troisième Chien Guide. Puce, mon, premier Chien-Guide, un berger allemand hiératique, était agoraphobe aussi, je n'en ai été le maître que pendant un mois.
Ensuite ce sont succédés deux labradors solides et efficaces.
Ma dernière recrue est un flat coated, littéralement un manteau plat, soit, un burberry. Comme tous les mâles de sa race, Usso est très affectueux, fin, musclé, haut sur pattes avec de longs poils mais qui dissimulent quelques touffes rousses.
Âgé de 22 mois il est souple comme un chat et encore pataud.
L'expérience m'a appris que changer de Chien-Guide n'améliore pas le quotidien. Bien au contraire, les premiers temps sont toujours douloureux.
Cette souffrance a deux origines. D'abord il fait surmonter l'existence de la séparation avec le précédent animal.
Ici, le traumatisme est comparable aux meurtrissures qui résultent de toutes ruptures sentimentales.
L'unique remède est celui que m'administre ma compagne. Beaucoup de tendresse, d'attention et d'écoute.
Je plains ceux qui font face seul, car comme l'écrivait Victor Hugo " la solitude à un synonyme la mort ".
À cette première blessure, conséquence de dix années d'échange qui prennent fin brutalement, vient s'en ajouter une seconde, celle que provoque le travail avec une bête inexpérimentée.
Comment ne pas ressentir que ces maladresses soulignent les effets de la cécité... Je sais bien qu'Usso n'est pour rien dans les dommages qu'il cause, sous le harnais sous lequel il blanchira, il met tout son coeur à l'ouvrage.
Je veux croire en l'aphorisme de Nietsche " Ce qui ne tue pas renforce ".


F. De BROBEQUE



  URA mon deuxième Chien Guide 



Auparavant, il y avait Jaspée... Jaspée, une petite labrador sable, coquine, malicieuse et très joueuse. Elle s'est endormie le 17 décembre 2003. Quelle déchirure, quel chagrin fou! Je m'étais de nouveau accoutumée à la déambulation avec la canne pendant la maladie de MA chienne. Mais depuis qu'elle n'est plus, les trajets devenaient de plus en plus pesants (c'est mon point de vue...!). Aussi, ne me suis-je pas posée la question bien longtemps: "vais-je reprendre un autre chien?"

URA, un nouveau compagnon à mon image

Je suis retournée à l'école de Paris pour mettre au point le renouvellement d'un nouveau Chien Guide.
J'avais beaucoup d'idées sur le choix, ayant rencontré beaucoup de chiens de toutes races. Etant d'humeur joyeuse et un brin aventureuse, je désirais un animal dans mon style. Je dois reconnaître que je ne pouvais faire ce choix sans penser à trouver un compagnon ayant des similitudes de caractères avec Jaspée. Monsieur Roméro m'a présenté trois jeunes chiens qui seraient, disait-il, susceptibles de me convenir; j'ai opté pour Ura. Elle était encore en éducation lors de notre rencontre, mais déjà je la trouvais sympathique, et de son côté, j'ai eu l'impression que c'était réciproque. Pour avoir Ura, il m'a fallu attendre 6 mois. Cela peut paraître long, mais le temps travaille pour nous, il m'a permis de faire le deuil, de moins comparer les deux chiennes lorsque Ura m'a été remise.
Maintenant nous sommes ensemble depuis plusieurs mois et une nouvelle histoire d'amour et d'aventures s'ouvre devant nous.

Mme BOUVIER



  Mes deux chiennes: Dora et Raya 



Pour un aveugle, un chien n'est pas seulement un guide, un compagnon, un ami, un confident : c'est aussi un excellent moyen pour établir des relations avec des personnes du voisinage.

Dora : une efficacité parfaite
J'ai eu deux chiennes, très différentes l'une de l'autre.
La première, Dora, un berger allemand, n'était pas toujours facile avec les autres chiennes, mais elle était d'une parfaite efficacité sur le plan du guidage. Notre semaine était rythmée par la vie scolaire (j'étais professeur, comme beaucoup le savent) : chaque samedi matin, nous allions au bois pour la détente et presque chaque soir, nous jouions un petit moment dans la cour de mon immeuble avec les enfants de la gardienne. Tout le monde était joyeux.
En dehors de quelques horaires rituels comme le lever et les repas, la journée pouvait présenter des fantaisies : en classe, il arrivait à Dora de faire le tour des cartables, ou des casiers, à la recherche d'un goûter. Elle aimait beaucoup les jeunes enfants, surtout lorsque nous sortions de l'école. Quand elle allait faire un bisou à un petit, l'enfant, après un moment de stupéfaction, se mettait à pleurer et sa maman riait ou protestait, selon les cas.
Dora détestait l'eau et tout particulièrement la pluie. Or, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, nous faisions à pied le trajet de la maison à l'école. Le matin, le chemin étant le plus court, je ne donnais pratiquement pas d'ordre à mon chien et moi j'étais un peu somnambule. Sur ce parcours se trouve une place piétonnière que nous traversions en diagonale. Certains jours de pluie, il arrivait à Dora de me faire faire un demi-cercle pour me ramener à la maison. Une fois, elle est rentrée dans le commissariat pour se mettre à l'abri. Un chien, même guide, a le droit d'avoir des idées !

Raya, successeur de Dora
Raya, Bouvier des Flandres, a succédé à Dora en 2002. C'est un gros nounours bringé (noir avec des poils blancs) aux poils longs et frisés, pesant une bonne trentaine de kilos.
Depuis que je suis à la retraite, notre vie est bien différente. Nous faisons de longs séjours à la campagne où le guidage est réduit à sa plus simple expression, par de longues ballades à la campagne, à travers les chemins de terre où les repères sont rares. Le problème est souvent de trouver le chemin de retour. Or, jamais Raya ou Dora ne se sont perdues : elles m'ont toujours ramené à la maison sans difficultés. Raya adore les jeunes enfants et les prend volontiers sous sa protection. Ainsi, lorsque je suis à la campagne avec mon petit-fils, aucun adulte, surtout masculin, ne peut l'approcher. Mon petit-fils a tous les droits : il fait rouler, par exemple, ses petites voitures sur le dos de Raya ou peut manger des bonbons et des gâteaux, sous son nez, sans qu'elle fasse un geste pour les lui prendre ! Raya devient chien de garde, saute sur le mur qui clôt la propriété et se poste pour surveiller les environs, sans jamais le franchir.
Dans la rue ou dans les transports en commun, son poil frisé attire toujours une main. Sur le plan du guidage, je n'ai pas grand-chose à dire, si ce n'est que nous ne sommes pas toujours d'accord sur le chemin à suivre. Alors, nous discutons et je finis toujours par avoir raison. Raya aime bien que je lui explique ce que nous allons faire : pain, boucher... Son travail est, dans ce cas, bien meilleur.
Lorsqu'elle se promène en liberté au bois, il faut faire attention à l'eau : si elle voit un ruisseau ou un étang, elle a vite fait d'y plonger. Ma seule crainte vient du fait qu'elle prend facilement les coureurs et les cyclistes en chasse mais, heureusement, elle revient dès qu'on l'appelle.
Enfin, je souhaite à tous d'avoir d'aussi bons chiens qui, tout en étant parfaitement obéissants, vous jouent de temps en temps des tours pour maintenir votre attention en éveil.

C. QUIGNARD



  Un chien guide qui pourra toujours vous surprendre! 



Un jour, je devais me rendre en grande banlieue sud, accessible par une gare de la ligne du RER D.
Je m'y suis rendu, bien sûr guidé par mon labrador IAGO âgé de 10 ans et toujours fidèle dans mes déplacements. J'ai pris le RER D à la gare de Lyon, sans aucune difficulté, et suis monté en queue de train.
Je me suis assez vite rendu compte que, durant le trajet, le wagon s'était vidé et que j'étais donc seul. Néanmoins je n'étais pas inquiet, bien que faisant ce parcours pour la première fois, car je connaissais l'horaire précis d'arrivée à la gare de destination. J'arrive donc à destination et descends, sous une pluie torrentielle, pour constater que le quai est désert. Pas de panique : s'il n'y a personne, c'est que la sortie est en tête ! Je demande donc à mon chien de se diriger vers la tête du train.
Quand il y a du monde sur un quai, il est facile pour un chien guide bien formé de trouver la sortie, car il sait qu'il suffit de suivre le flot des gens. Mais là, personne ! En arrivant au bout du quai, je dois bien admettre que je n'ai pas trouvé la sortie et qu'il ne me reste plus qu'à faire confiance à IAGO.
Je demande donc à mon chien la sortie et il me conduit directement à un escalier descendant.
Dans un premier temps, après l'avoir remercié, je lui redemande la sortie, car je n'étais pas convaincu de sa proposition. Il insiste et me ramène à cette même descente. N'ayant pas d'autre alternative, je finis par accepter la proposition. IAGO me conduit, après la descente, dans un couloir et me propose un escalier, que j'accepte, pour me retrouver enfin sur un autre quai. Là, j'ai bien senti que IAGO savait où il me menait, car il me conduisit tout droit à la sortie de la gare qui n'était accessible que de ce quai-là. Hasard ? Chance ? Non, compétence !

P. BALIN



  Rubis a changé ma vie 



O. Chaduc
"Je remercie les généreux donateurs qui ont permis à l'École de chiens guides de Paris la remise de ma chienne guide : RUBIS. Grâce à elle, j'ai acquis beaucoup plus d'autonomie dans mes déplacements : elle a, en effet, changé ma vie. Elle m'apporte également sa fidèle affection et permet la création de liens sociaux : lorsqu'elle me guide dans la rue, beaucoup de gens m'adressent la parole. Elle est si belle et si douce qu'elle fait l'admiration de tout le monde.
Encore merci à tous."

O. CHADUC



  Mon chien, mon travail 



Je suis né en 1957 en Lorraine. En moi se trouvent donc exprimées la réserve du Nord et la fougue du Sud de par l'origine de ma famille : l'Italie, Venise. J'ai perdu la vue en 1987 suite à une rétinopathie. Ce fut alors un bouleversement dans mon existence. On peut réellement dire qu'il y a eu effectivement un avant et un après dans ma vie, que j'appelle ma " vie éclatée ". Avant et après avoir perdu la vue. Mais néanmoins, il y a toujours eu une continuité dans cette vie car avant elle était une aventure ou plutôt aventureuse (raids à moto dans le désert au Moyen Orient...) et elle est encore et toujours une aventure.

Et ce, grâce à mon premier chien guide Fog qui m'a donné plus d'autonomie dans celle-ci et qui a été de toutes mes aventures, de tous mes voyages, même lointains, même en avion... Il m'a donné ses yeux mais aussi et surtout son enthousiasme débordant de Labrador, sa joie communicative (quand je lui renvoyais éternellement sa balle !) et surtout sa fidélité. Car fidèle il l'a été, comme seul un chien peut l'être, et je peux même dire jusqu'à son dernier souffle, jusqu'au dernier jour de sa vie, jour où il m'a encore accompagné au vernissage d'une exposition, avant de mourir dans la nuit, une triste nuit de novembre 1999...

J'ai maintenant un nouveau chien, une chienne, Padou, qui a remplacé mon fidèle Fog. Padou est un Hovawart. Je ne la compare jamais à Fog car je ne peux pas la comparer. Car outre le fait que ce soit deux chiens de races différentes et que ce soit un mâle et une femelle, ils ont chacun leur personnalité bien distincte. Leur unique point commun est leur dévouement envers moi, dévouement total et même exclusif pour Padou tant elle idolâtre son maître... Comme Fog, elle est toujours avec moi, dans mon travail de sculpteur et dans tous mes déplacements de travail ou de loisir. Comme avec Fog aussi, je fais beaucoup de randonnées avec Padou. Les chiens en ont besoin et moi aussi, après un travail parfois minutieux et tendu dans mon atelier...

La sculpture est en effet ma vocation, une nouvelle aventure. Et mon chien guide aussi fait partie de celle-ci. D'ailleurs j'ai déjà introduit mon chien Fog dans une de mes sculptures et je compte bien le faire pour Padou !

Depuis 1996, j'ai ainsi créé mon propre atelier et j'essaie de m'investir dans le parcours qui est ou se doit d'être celui de tout sculpteur. Je travaille régulièrement dans mon atelier, différentes matières, produisant des oeuvres originales au niveau desquelles j'ai introduit une approche nouvelle et personnelle mettant réellement sur un pied d'égalité le tactile et le visuel. Je trouve mes sujets d'inspiration surtout dans la vie quotidienne: j'aime me promener en ville, ce que je fais facilement grâce à mon chien guide, côtoyer les gens, leur parler. Cela me fait progresser dans mon cheminement personnel et me fournit mes idées de sculptures. Je participe aussi aux Salons artistiques tant à Paris qu'en province ou à l'étranger (Japon, Espagne...) et je réalise chaque année une ou plusieurs expositions personnelles.

En 1998, j'ai reçu un prix qui fut pour moi très important, qui provoqua comme un déclic dans ma carrière. J'ai reçu, en effet, au Japon, le Prix du Gouverneur de la Ville de Kyoto, au cours du Salon international d'art " Kyoto 98 " où 400 oeuvres étaient présentées au Kyoto Museum. Ma sculpture, intitulée " Bonheur " -titre prémonitoire!- a fait l'unanimité du Jury qui ne savait pas que j'étais handicapé. Ce fut pour moi une joie d'autant plus grande quand j'appris la nouvelle, par fax car, au delà de ce que l'on peut appeler un certain " particularisme " et de toutes les difficultés qui en émanent, je veux être un artiste comme les autres. Ce prix m'a convaincu que j'avais ma place dans le milieu artistique, milieu où je me sens maintenant bien vivant, accepté, reconnu.

On peut dire d'ailleurs que mon chien guide participe à cette reconnaissance. Il m'aide bien sûr à aller partout (il est d'ailleurs beaucoup plus sûr parfois qu'un guide humain... presque infaillible...) mais aussi contribue par sa bonne tenue, sa prestance (on nous a souvent pris en photo tous les deux!) à donner une image positive aux gens que je rencontre qui voient alors moins le handicap et plus la personne, le sculpteur...

D. VALERIO



  Nager avec son chien 



Cette année, direction l'Auvergne, bien connue pour ses volcans et ses lacs. Avant le départ, l'un de mes rêves était de nager avec Prisca, ma chienne-guide Golden Retriever âgée de 3 ans.

Ce fut chose faite dès le deuxième jour après notre arrivée. Il faisait très chaud ; il y avait un lac aménagé, autorisé aux chiens, avec une eau très claire. Prisca piqua la première tête car il me fallait davantage de temps pour affronter cette eau un peu froide à mon goût. Elle faisait des va-et-vient comme pour me dire " Dépêche-toi ! " ça y est, à peine mes premiers mouvements de brasse exécutés, Prisca nageait à côté de moi. Elle suivait chacun de mes mouvements. Que d'émotions!

Et puis, j'ai voulu m'éloigner un peu. Assez rapidement, elle m'a rattrapée très vite et a fait des cercles autour de moi de plus en plus resserrés pour que je me rapproche du bord. Visiblement, mademoiselle craignait que je me noie! D'ailleurs, ce qui m'a fait prendre conscience de cet instinct de protection, c'est lorsque des enfants s'amusaient à faire le poirier dans l'eau, elle se mit à pleurer très fort. Or, je n'avais jamais auparavant entendu Prisca pleurer, alors je l'autorisai à aller voir de plus près ce qu'il se passait, elle plongea et alla voir de plus près les enfants sans les toucher, très discrètement et revint comme pour me dire " Rien de grave!".

J'espère que nous allons pouvoir renouveler cette expérience à Evian les Bains, notre prochaine destination pour cet été.

Pour finir, j'ajouterai que ces moments privilégiés ne pourraient pas avoir lieu sans qu'il y ait une véritable osmose entre le maître et son chien et que ces périodes de vacances sont propices pour mieux se connaître et considérablement enrichir les échanges du " couple " au quotidien.

S. FRITOT



  Mon chien, mon travail 



Bonjour, c'est moi, OSLO. Mon papa est un golden retriever, ma maman un labrador, et moi, je suis un très beau chien (tout le monde le dit, c'est donc vrai !) de 4 ans et demi. Depuis un an et demi, je travaille avec Pascale ISEL, et je vis maintenant avec toute sa famille : son compagnon, ses enfants, deux chats et Érice, qui travaillait avec Pascale avant moi, et qui est maintenant à la retraite. Pascale travaille à l'Association Valentin Haüy (l'AVH) à Paris ; je vais vous raconter une de mes journées de travail.

Le matin, on prend le train jusqu'à la gare Montparnasse et de là, le métro. En arrivant, comme j'ai bien travaillé, Pascale commence par s'occuper de moi : elle me sort mon tapis, me donne de l'eau fraîche et une petite récompense à grignoter (qui ne fait pas grossir, elle est sévère!) ensuite elle va dire bonjour à tout le monde à l'étage, et je l'accompagne car ses collègues sont gentils et puis il y a mes deux copines : Léna et Maïly. Au début, Pascale m'avait préparé un grand coin pour moi, avec mon tapis et de l'espace, mais j'ai préféré me mettre sous son bureau ; je suis plus près d'elle, c'est ça l'amour...

Pascale se plonge ensuite dans son travail, qui me dépasse totalement, alors je dors ! Souvent dans la journée, Pascale doit aller à des réunions, donner des cours à ses collègues, alors on se déplace dans l'immeuble, et j'espère que l'on va rencontrer mes copains Joc, Ousty et les autres.

Le midi : cantine, mais à l'AVH, les chiens ne peuvent y aller que s'ils ont une muselière ; Pascale a décidé que c'était mieux pour moi de rester dans son bureau plutôt que d'aller avec elle, alors je l'attends. Après, on va se promener tous les deux. Soit c'est une balade tranquille, soit on va faire des courses. J'aime bien aussi quand on va s'asseoir à une terrasse de café : il y a toujours de bonnes odeurs mais Pascale, comme tous les maîtres de chiens-guides, surveille à ce que personne ne me donne à manger (ne lui répétez pas, ça arrive parfois quand même ; je n'en suis pas fier mais c'est tentant...). Ce qui est dommage pour ces balades, c'est que dans le quartier, les espaces verts sont interdits aux chiens ; ce serait bien si on avait pensé à nous faire un petit endroit fermé pour courir entre copains, sans danger, et sans déranger les autres ; enfin, je rêve, je rêve... Après ça, il est l'heure pour Pascale de retourner travailler.

En fin d'après-midi, je la surveille car elle a tendance à oublier l'heure : quand je commence à voir le temps avancer, je me lève, je vais la voir, pour qu'elle comprenne qu'il est l'heure de rentrer : mes croquettes m'attendent ! Le soir, on repart souvent à pied jusqu'à la gare : Pascale dit que ça vide la tête après le travail et moi ça me détend les pattes ce petit kilomètre de marche.

Ça, c'est les jours habituels, mais il y a ceux de "grande aventure" : c'est quand Pascale va ailleurs, donner des cours, à des réunions, présenter du matériel sur un salon. Alors là c'est autre chose : je ne sais pas où je vais, mais j'y vais. J'aime bien découvrir de nouveaux endroits, rencontrer des nouvelles personnes ; ensemble, on prend le train, l'avion, on dort dans des hôtels, et je suis bien sage, je fais bien attention, j'essaie de me rappeler un maximum d'endroits, de bien retrouver notre chambre à l'hôtel, pour leur montrer que même sans savoir lire, on y arrive...

P. ISEL



  Mon chien, mon travail 



Philippe BALIN, un homme d'affaires pressé et guidé. A 47 ans, Philippe BALIN, jeune père de famille, non-voyant depuis l'âge de 14 ans, est vice-président d'une société de télécommunication aéronautique.

Il n'est pas vraiment homme à se raconter. Philippe BALIN préfère laisser ça aux autres. Mais parlez-lui de Iago et son visage s'illumine. "Plus qu'un compagnon, c'est une aide puissante, un ami dans la vie, mon adjoint au travail, il vit à mon rythme, comprend mes attentes, mes stress et mes joies", déclare-t-il. Couché sur un tapis dans un coin du bureau, le labrador doré ouvre un oeil , dresse l'oreille puis soupire. Sans doute a-t-il compris qu'il est au coeur de la discussion. La vie de chien, Iago ne sait pas à quoi cela peut ressembler. Il a dormi dans les palaces les plus luxueux de la planète, fréquenté les meilleures tables et parcouru le monde entier. De Singapour à Tokyo, en passant par Paris, New York, Londres et Sydney, lui et son maître ont effectué jusqu'à 400 000 kilomètres par an en avion. Pas un aéroport, pas une compagnie aérienne qu'ils connaissent. A vie exceptionnelle, traitement d'exception. Iago peut se vanter d'être "le seul chien super-sonique au monde". A trois reprises, il a pris Concorde avec Air France et goûte au plaisir de traverser l'Atlantique à Mach 2 en moins de 4 heures. Même les chiens de stars n'ont jamais eu cette chance. Iago a fait des jaloux. Dans le passé, ses privilèges lui ont valu quelques histoires sur lesquelles Philippe BALIN ne souhaite pas trop s'étendre.

Avec Iago, réponse à tout.

Normalement, dans les avions, les chiens voyagent en soute, pas en cabine, encore moins en classe affaires ou en première. Mais Iago, n'est pas un chien ordinaire. Il sort de l'école des chiens-guides de Paris.

Depuis huit ans, le labrador a remplacé les yeux de Philippe BALIN. "Il fait partie de mon schéma corporel, déclare l'homme d'affaires. Avec Iago, j'ai retrouvé le plaisir d'être pressé, de me faufiler et de téléphoner en marchant". La formation de Iago a duré dix-huit mois. A Paris, il a apprsi une quarantaine de mots. Des mots qu'il sait aujourd'hui associer à des situations bien précises. Par la force des choses, l'univers du labrador est devenu aéronautique et aéroportuaires. En sortant d'un avion, par exemple, Iago a compris qu'il fallait suivre le plus gros flot de voyageurs. Il sait aussi qu'en montant à bord, il faut s'installer sous le siège et attendre la fin de l'embarquement. Aujourd'hui, grâce à Iago, Philippe BALIN voyage comme un homme d'affaires presque comme les autres. "La non-voyance est un handicap, mais pas une inadaptation à un environnement. A tout problèmes, il existe une solution, j'ai trouvé la mienne". Son opiniâtreté lui a valu sa réussite professionnelle. "J'ai exploité cette différence comme un atout. On a naturellement tendance à me faire confiance, à m'écouter. Face à un non-voyant, on perd ses repères, en négociation, cela peut devenir un avantage". Selon Philippe BALIN, la seule véritable difficulté pour un non-voyant, ce sont les endroits accessibles uniquement en voiture. "S'il arrive parfois qu'un chauffeur de taxi vous refuse une course à cause de la présence du chien, en revanche, en avion, cela n'arrive que très rarement". Il y a des textes et des lois. Les compagnies membres de l'Association du transport aérien international (Iata) ont obligation de prendre les chiens-guides à bord. Au cas par cas, les problèmes viennent plus d'une méconnaissance des textes et parfois de l'attitude zélée de quelques très rares commandants de bord. "Mon chien bosse, il a un métier, on lui manque souvent de respect par rapport à sa fonction". Lorsqu'il évoque l'une des ses mésaventures lors d'une escale à Genève-Cointrin il y a quelques années, Philippe BALIN esquisse un léger sourire. Le commandant de bord ne voulait pas que son chien monte dans l'avion."Il en rajoutait par bêtise, les passagers ont protesté. Au final, on se demandait qui, du chien ou du pilote, on allait débarquer"! Et puis il y a aussi les situations inverses parfois cocasses, comme ce vol sur la compagnie Singopor Airlines où l'équipage s'est excusé, confus de ne pas avoir trouvé un tapis pour le fessier du toutou. L'hospitalité asiatique. "Un chien s'adapte à tout, y compris au long courrier, ajoute Philippe BALIN. Il peut rester sans manger pendant plusieurs journées". Et pour le reste... Il suffit de ne pas trop le nourrir. Iago possède son propre passeport, une puce électronique intégrée sous la peau. Elle a l'avantage de ne pas gratter et permet aux services des douanes de connaître en quelques instants l'identité et la provenance de l'animal. Pendant longtemps, Philippe VALIN n'a pu voyager dans des pays comme l'Angleterre où les animaux étaient assujettis à la quarantaine. Puis les frontières sont tombées les unes après les autres. Aujourd'hui, à l'exception de l'Australie, de quelques îles asiatiques et une partie de l'Afrique, Iago peut suivre sont maître dans le monde entier. De son labrador, Philippe BALIN est fier. Egalement passionné de canoë, (il fait de la compétition à haut niveau), d'escalade et de Jazz, Philippe BALIN a crée son propre groupe. En hommage au labrador, il l'a tout naturellement appelé le "Iago Jazz Band".

écrit par : Frédéric BENIADA (Repris dans "Védéa" de mars 2002 avec l'aimable autorisation de la rédaction)



  Mon chien, mon travail 



Cela fait trois ans que je vais à l'hôpital chaque jour avec ma maîtresse. J'ai été tellement bien accueilli par les collègues et les secrétaires de Maudy que c'est un régal d'aller travailler. Le bureau de Maudy est spacieux. Elle m'a préparé un coin super : en enlevant les portes d'un placard, elle m'a fait une niche quatre étoiles avec moquette et cuvette bleue. Je dois y rester tranquille en faisant semblant de dormir quand Maudy reçoit ses patients.

Elle reçoit beaucoup d'enfants. C'était drôle au début ; ils venaient me dire bonjours avant de commencer leur séance de thérapie, puis au revoir en partant. Ils m'ont tous dessiné. On est devenu copains, sans bruit, mais avec le coeur. Je les aime bien : ils viennent parler de leurs difficultés, beaucoup n'aiment pas l'école (je crois que je les comprends). Les plus drôles sont les grands adolescents qui racontent plein de bêtises. Maudy recevait depuis plus d'un an un petit garçon de quatre ans et demi qui était autiste (c'est-à-dire qu'il ne parlait pas). Quand il m'a vu pour la première fois, il a eu peur. Maudy lui a expliqué que j'étais gentil, que je ne bougerais pas etc. Prudemment il a commencé à s'approcher de moi, mais il était très agressif et voulait me tirer les oreilles. Ce n'était pas pour me faire du mal, mais c'était son angoisse. Maudy lui prenait la main, lui apprenait à caresser ma toison soyeuse, lui faisait découvrir mon corps tout en lui parlant. Puis, un jour, en arrivant, il s'est blotti contre moi et s'est endormi. Souvent, par la suite, il venait poser sa tête sur mon ventre et, d'agité qu'il était, devenait calme. Le premier mot qu'il a prononcé a été : "chien". Maintenant il parle et il m'aime bien.

Le moment que je préfère, c'est la pause-café. Maudy et moi allons dans la cuisine du personnel et tout le monde s'extasie sur mon obéissance, ma discrétion. L'endroit est cool ; je sais que je ne dois pas déranger, mais parfois on me glisse un petit gâteau. Si Maudy s'en aperçoit, elle n'est pas contente et explique à ses collègues qu'on ne doit pas me donner de nourriture. Je n'ai toujours pas compris pourquoi !

En conclusion, je dirai que je suis très heureux, car Maudy se déplace souvent et j'aime ça. Le plus dur, ce sont des réunions interminables durant lesquelles je ne peux que dormir. Je me sens bien dans ce milieu où les gens sont sympathiques. Et si vous saviez tout ce que j'apprends !

M. PIOT



  Michel et Iulia 




Ma première rencontre avec Le Hovawart a eu lieu en février 1994, lors d'une visite à l'école de Chiens Guides de Paris. Ils étaient trois chiots de trois mois, déjà bien éveillés, ressemblant plus à des peluches qu'à de futurs gros chiens. J'avoue que je fus séduit de suite mais il était encore trop tôt pour savoir si l'un de ces chiens me conviendrait. Il fallait donc attendre et ne pas se focaliser sur cette race...

Pour avoir la suite:    site de michel et Iulia (nouvelle fenêtre)












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