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Le Chien Lumière: revue numéro 6
Je l'ai attendu longtemps, mais ça valait vraiment la peine d'attendre ! 16 juillet 2004: aujourd'hui, j'ai vingt ans. En ce grand jour pour moi, je me réveille dans la chambre qui m'a été attribuée pour mon stage à l'Ecole de Chiens Guides. Non loin de moi se trouve Twid, que je connais peu mais que j'aime déjà. Il se lève d'un bond en entendant le réveil et vient près du lit pour m'attraper le bras en " chantant ": c'est sa manière de saluer ! Quel meilleur réveil aurais-je pu espérer le jour de mes vingt ans ? Et quel plus beau cadeau aurais-je pu recevoir pour mon anniversaire que cet adorable grand flat tout noir? Pourtant, le stage de remise ne fut pas de tout repos, il fut même parfois éprouvant ... Il faut doucement apprendre à se connaître Combien de fois me suis-je demandé, au début du stage, si j'arriverais un jour à maîtriser cet animal qui ne pensait qu'à faire la course avec les chiennes des deux autres stagiaires, ou qui ne voulait pas contourner un poteau ou m'indiquer la présence d'un trou ? Finalement, avec le temps, les choses se sont arrangées : j'ai fini par comprendre comment il fallait parler à Twid et comment lui expliquer que c'était moi la maîtresse ! Aujourd'hui, il m'obéit presque "au doigt et à l'oeil ", c'est une grande satisfaction. Puis la confiance s'installe Au début, je sollicitais les passants pour m'assurer que j'étais dans la bonne rue, que le passage piéton était bien là où Twid me l'indiquait... Et puis peu à peu, la confiance s'est établie. Certes oui, il me fait toujours parfois des mauvaises blagues, tente de bifurquer discrètement quand il n'a pas envie d'aller à la Sorbonne, mais je rattrape toujours la situation... Twid crée un lien social ! Voulez-vous partager une journée avec Twid et moi ? Le matin, je me lève, je salue Monsieur Twid pendant au moins cinq minutes, car les salutations du matin, c'est sacré ! Après nos repas respectifs, nous partons à la gare ; Il arrive que Monsieur n'ait pas envie d'aller en cours et qu'il avance au ralenti : je dois alors négocier ferme et lui promettre une bonne friandise, toujours meilleure ou plus grosse que la veille, pour le décider ! Une fois en cours, je lâche le fauve. Cette solution me semble plus simple que de le garder attaché : il peut se dégourdir les pattes, se coucher où il veut, quand il veut. Il est si sage que je peux me le permettre ! Avant d'aller se coucher tranquillement dans un coin, il fait le tour de la salle de cours, même des amphithéâtres, pour saluer les étudiants. Il a maintenant des amis, qu'il m'a présentés : grâce à lui, j'ai rencontré des gens qui sont venus me dire, après un cours, que Twid était vraiment beau, gentil, sage, doux, et avec qui la conversation s'est engagée. Twid crée du lien social ! Même des professeurs, à la fin des cours, lui parlent et le caresse, ce qui m'a permis, en début d'année, de les aborder très facilement pour leur expliquer mes besoins. Certains d'entre eux se sont même mis à rire lorsqu'ils ont entendu Twid, qui rêvait, japper pour la première fois, et l'ont vu les quatre pattes en l'air qui remuaient, comme s'il courait... D'autres fois, ce sont des gens dans les transports en commun qui m'abordent et me racontent, après avoir admiré la beauté de mon cher chien, des histoires canines dans le détail... C'est divertissant ! Il m'arrive même de croiser des gens dans la rue qui ne font que me dire : " Qu'il est beau, votre chien ! ". A la fin de la journée, nous repartons à la maison, et là, nous allons nettement plus vite qu'à l'allée ! Il nous arrive même de faire un peu de jogging: nous nous amusons comme des fous, mais des fous prudents et disciplinés ! Une fois rentrés à la maison, il faut jouer à la balle. C'est obligatoire, c'est sa récompense pour s'être tenu sage comme une image, ou comme une peluche, pendant toute la journée. Les parties durent en moyenne une demi-heure, et j'avoue que, sauf quand il fait froid ou qu'il pleut, je ne m'en lasse guère ... J'adore l'entendre courir après sa balle, revenir, et ne la lâcher qu'une fois que je la tiens, ou bien la ramasser s'il l'a fait tomber. Je m'amuse à lui faire croire que je la lui lance dans une direction, et finalement, je lui la lance dans l'autre, pour faire varier les plaisirs... La balle est l'une des passions de Twid : il y jouerait toute la journée s'il le pouvait, j'en suis sûre. Enfin, le soir, il a droit à sa petite promenade digestive, pendant laquelle il passe son temps à courir, soit simplement pour se défouler, soit pour courser un malheureux chat qui passe par là ! La course-poursuite avec les chats, c'est une autre de ses passions. Et le week-end, c'est la grande promenade, avec la rivière dans laquelle il plonge immanquablement, les sentiers de randonnée de la fac d'Orsay, bref le bonheur total ! Je conclurais par ceci, comme disent beaucoup de maîtres de Chiens Guides: Twid a changé ma vie. Ce n'est certes pas original, et pourtant c'est vrai : c'est un chien et j'adore les chiens, il marche vite et j'aime marcher vite, il est joyeux et me permet donc d'évacuer le stress de la journée... Que demander de plus ? Melle VAPPEREAU
USSO est véritablement mon troisième Chien Guide. Puce, mon, premier Chien-Guide, un berger allemand hiératique, était agoraphobe aussi, je n'en ai été le maître que pendant un mois. Ensuite ce sont succédés deux labradors solides et efficaces. Ma dernière recrue est un flat coated, littéralement un manteau plat, soit, un burberry. Comme tous les mâles de sa race, Usso est très affectueux, fin, musclé, haut sur pattes avec de longs poils mais qui dissimulent quelques touffes rousses. Âgé de 22 mois il est souple comme un chat et encore pataud. L'expérience m'a appris que changer de Chien-Guide n'améliore pas le quotidien. Bien au contraire, les premiers temps sont toujours douloureux. Cette souffrance a deux origines. D'abord il fait surmonter l'existence de la séparation avec le précédent animal. Ici, le traumatisme est comparable aux meurtrissures qui résultent de toutes ruptures sentimentales. L'unique remède est celui que m'administre ma compagne. Beaucoup de tendresse, d'attention et d'écoute. Je plains ceux qui font face seul, car comme l'écrivait Victor Hugo " la solitude à un synonyme la mort ". À cette première blessure, conséquence de dix années d'échange qui prennent fin brutalement, vient s'en ajouter une seconde, celle que provoque le travail avec une bête inexpérimentée. Comment ne pas ressentir que ces maladresses soulignent les effets de la cécité... Je sais bien qu'Usso n'est pour rien dans les dommages qu'il cause, sous le harnais sous lequel il blanchira, il met tout son coeur à l'ouvrage. Je veux croire en l'aphorisme de Nietsche " Ce qui ne tue pas renforce ". Franck DE BROBÈQUE
Auparavant, il y avait Jaspée... Jaspée, une petite labrador sable, coquine, malicieuse et très joueuse. Elle s'est endormie le 17 décembre 2003. Quelle déchirure, quel chagrin fou! Je m'étais de nouveau accoutumée à la déambulation avec la canne pendant la maladie de MA chienne. Mais depuis qu'elle n'est plus, les trajets devenaient de plus en plus pesants (c'est mon point de vue...!). Aussi, ne me suis-je pas posée la question bien longtemps: "vais-je reprendre un autre chien?" URA, un nouveau compagnon à mon image Je suis retournée à l'école de Paris pour mettre au point le renouvellement d'un nouveau Chien Guide. J'avais beaucoup d'idées sur le choix, ayant rencontré beaucoup de chiens de toutes races. Etant d'humeur joyeuse et un brin aventureuse, je désirais un animal dans mon style. Je dois reconnaître que je ne pouvais faire ce choix sans penser à trouver un compagnon ayant des similitudes de caractères avec Jaspée. Monsieur Roméro m'a présenté trois jeunes chiens qui seraient, disait-il, susceptibles de me convenir; j'ai opté pour Ura. Elle était encore en éducation lors de notre rencontre, mais déjà je la trouvais sympathique, et de son côté, j'ai eu l'impression que c'était réciproque. Pour avoir Ura, il m'a fallu attendre 6 mois. Cela peut paraître long, mais le temps travaille pour nous, il m'a permis de faire le deuil, de moins comparer les deux chiennes lorsque Ura m'a été remise. Maintenant nous sommes ensemble depuis plusieurs mois et une nouvelle histoire d'amour et d'aventures s'ouvre devant nous. Mme BOUVIER |
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