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Le Chien Guide: revue numéro 1



Pourquoi un chien guide d'aveugle ?




La personne atteinte de cécité est dépendante d'une aide pour une large part de sa mobilité et surtout lors des déplacements hors de son milieu habituel.
Les autres sens, l'ouie, la perception tactile, peuvent venir suppléer à meubler son espace vital et aider à créer des repères. Ce manque d'indépendance est aussi un facteur important au plan de la spiritualité. Certains chiens sont capables de devenir " les yeux de son maître ". Ils apprennent un vocabulaire qui leur permettra de comprendre ce que le handicapé visuel leur indiquera et qu'ils sauront exécuter, j'ose dire, à la perfection. En effet, ils le conduiront par le meilleur chemin, en assurant la sécurité de son maître à tout instant et en n'importe quelle circonstance. Ils sauront éviter les obstacles dangereux et, en principe, prendre une initiative rapide et heureuse, en cas d'imprévu. Cette possibilité de se déplacer par les moyens de transport publics, circuler à l'aise n'importe où, est offert de bon coeur et, bien entendu, gracieusement par nos chiens guides d'aveugles. Il pourrait être considéré comme une prothèse vivante qui bouleverse dans le bon sens toute le vie quotidienne du mal ou du non voyant en lui procurant cette autonomie bienheureuse. De plus, le chien apporte du BONHEUR à un être humain que le destin a peut-être mal servi. Il s'agit d'une oeuvre de bienfaisance et de solidarité envers ceux qui n'ont pas été aussi gâtés que nous qui sommes capables de lire ces lignes. Nos moyens, hélas limités, s'appuient sur la tutelle de la ville de Paris qui nous loge et nous accorde une subvention. Malheureusement elle ne suffit pas pour faire face à toutes les obligations et problèmes que nos programmes engendrent quotidiennement. Il nous faut le soutien de tous ceux dont l'âme est assez sensible et les incline à participer à cette oeuvre de bienfaisance. Cette publication a pour mission de vous informer de nos activités, de répondre aux questions que vous vous voudrez bien nous poser et stimuler autant que possible les aptitudes de nos chiens en faveur des handicapés visuels.

Docteur Michel KLEIN, Vétérinaire.
Président de l'Ecole de Chiens Guides d'aveugles de Paris et de la Région Parisienne.

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L'éthologie




L'éthologie ou biologie des comportements est une jeune discipline scientifique. Si la pratique est ancienne, ce n'est qu'au début du XXème siècle, en soumettant les animaux à des protocoles expérimentaux rigoureux, que Loebb, Pavlov et Watson vont faire passer l'éthologie descriptive pratiquée par les naturalistes du XIXème siècle, du domaine de l'anecdote à celui de la science. Mais ce sont les travaux de l'école objectiviste, fondée par Korad Lorenz et Nino Tinbergen qui vont conduire l'éthologie sur la voie de la maturité. L'éthologie sort alors des laboratoires pour développer des expériences et des observations dans le milieu de vie naturel de l'animal, avec des outils méthodologiques rigoureux.

L'éthologie tente alors de répondre aux questions qui ont trait aux quatre domaines suivants/ le développement du comportement au cours de la vie d'un individu (ontogenèse), ses causes immédiates,son évolution au sein de l'espèce (phylogenèse), les fonctions qu'il sert, mais aussi l'organisation des comportements entre individus. Pour ce faire, elle s'attache à l'étude des schémas comportementaux en classifiant et analysant les manifestations motrices (mimiques, gestiques, postures, proxémies...), sonores (cris, vocalisations, chants, bruitages...), morphologiques (modifications cutanées, de volume, du système pileux...), excrétoires (mictions, défécations...).

Au travers de ses manifestations comportementales, c'est l'individu dans sa globalité qui est étudié, c'est-à-dire l'organisme dans son entier, mais aussi les relations qu'il entretient avec son environnement physico-chimique (biotope) et bio sociologique (biocénose). Dans cette perspective, l'éthologie se veut une discipline transversale, voire transdisciplinaire qui étudie l'interface entre les composantes biologique et culturelles de l'individu au sein de sa société et dans son environnement écologique. En décrivant une réalité objective dans un contexte donné, l'éthologie permet d'appréhender ce que fait un individu dans une situation réelle. Elle permet ainsi l'élaboration de modèles des systèmes vivants afin d'en mieux comprendre leur fonctionnement.

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Question de reproduction




En attendant et en espérant qu'un jour l'élevage national nous procure tous les chiots dont nous avons besoin, nous devons continuer à faire de la reproduction.
Il va de soi, que pour nous tous,reproduction, responsabilité, éthique, sont trois mots indissociables. Afin d'illustrer mes propos je ne vous citerai que deux exemples : il y a plus de vingt ans que nous avons effectué nos premiers ERG (électro rétinogramme) sur nos lices.
Tous les chiots nés à l'école qui ne sont pas devenus guides et qui par conséquent ont été cédés à des particuliers sont sous notre responsabilité morale et si besoin technique durant toute leur vie.

Actuellement nous faisons reproduire quatre races : le Labrador, le Golden, le Flat Coat, l'Hovawart. Concernant les autres races que nous éduquons comme chien guide : le Berger Allemand et le Berger Blanc, les chiots proviennent principalement d'élevages installés.
Mais faire reproduire ne va pas de soi, il faut avoir un objectif et assumer les conséquences si celui-ci n'est pas atteint, car en ce domaine, nous devons savoir que rien n'est jamais acquis, que nous devons toujours chercher à consolider le patrimoine génétique et compter sur une certaine dose de chance.
Nos lices ne reproduisent que quatre fois durant toute leur vie ce qui est un chiffre faible. Le choix des géniteurs est le premier moment déterminant de tout ce processus. Les règles qui le régissent sont celles du bon sens. En voici les principales :
  • la connaissance visuelle du comportement des chiens reproducteurs dans des situations normales et de travail,
  • la lecture des pedigrees,
  • la lecture des différents examens vétérinaires,
  • l'écoute des propriétaires.
  • vient ensuite le moment de la saillie, nous en parlerons dans le prochain bulletin.
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La famille d'accueil: qui est-elle? que fait-elle?




Je me souviens de la réflexion que m'a faite un ami venu un jour où il y avait une réunion de familles d'accueil, et qui me dit en aparté ; " ces personnes ont un dénominateur commun, elles ont toutes quelque chose de positif ".
En effet, toutes ces familles sont animées d'un seul désir : contribuer au travers d'une école de chiens guides au mieux être d'une personne déficiente visuelle.
Elles ont un immense mérite car elles participent à une chaîne de solidarité, dans un bénévolat aussi discret qu'éclatant ; toutes les demandes ne peuvent pas toujours être acceptées. En effet, il y a quelques conditions rédhibitoires comme par exemple :
  • être obligé de laisser le chiot seul à la maison pendant la journée,
  • avoir des animaux belliqueux,
  • avoir plusieurs enfants en bas age (moins de 3 ans).
Il y a des couples avec ou sans enfants, des retraités, des célibataires etc.
Ces personnes exercent des professions très différentes : commerçants, employés, libéraux, mères de famille, étudiants. Elles habitent en appartement ou en pavillon.
Leur rôle est fondamental, et elles en sont conscientes. Epanouir un chiot age de trios mois jusqu'à l'age de un an. Elles doivent le sortir régulièrement, le rendre propre, lui donner une obéissance de base, être vigilantes afin qu'il ne subisse pas de choc émotionnel (aspirateur, moto qui démarre, feu d'artifice du 14 juillet, marteau piquer). Bien sur tout cela leur est expliqué et démontré. Des visites mensuelles sont organisées et parfois elles peuvent être plus rapprochées. A chaque rencontre, un bilan général est effectué avec l'éducateur.
Il concerne prioritairement la santé du chien et les évolutions des apprentissages en fonction de son age. Par exemple : la propreté, le rappel, la marche au pied, le rapport, etc... toutes les progressions sont consignées sur une fiche individuelle pour chaque chiot. A partir de six mois, les chiots commencent à faire des stages de quelques jours à l'école. Ils sont pris en charge par un nouvel éducateur qui s'assure que les bases au futur métier de chien guide sont acquises.
  • marche sans renifler en ligne droite
  • concentration normale
  • distraction minimale...
Les familles viennent très spontanément à l'école. Toutes veulent faire de leur mieux. Parfois certaines se proposent pour apporter une aide supplémentaire à l'école (tenir un stand, participer aux journées portes ouvertes, etc...). Deux réunions collectives annuelles sont programmées au cours desquelles des personnes accompagnées de leur chien guide y participent, c'est un moment d'échange et de stimulation. Lorsque le chien atteint l'age d'un an, la famille qui s'est préparée à cette phase d'éloignement fait le bilan de cette expérience. Chacune à sa façon en tire les points toujours positifs. Quelques unes d'entre elles refusent de rendre le chien si un chiot ne leur est pas proposé en échange. D'ailleurs, certaines familles ont déjà élevé 5, 6, 7, 8 chiots. D'autres préfèrent attendre un peu et d'autres, ravies de leur expérience décident d'en prendre un pour elles. Pendant la période d'éducation à l'école qui dure environ six mois, la famille a la possibilité de reprendre le chien le week-end, sauf les trois derniers mois. Une fois le chien éduque et remis au déficient visuel, des rencontres peuvent se produirent entre les deux familles. Elles sont toujours mutuellement très appréciées.

A présent, je voudrais rappeler certains éléments de cette merveilleuse chaîne. Rien ne permet de dire que le chien souffre de ces différents changements de maîtres. En effet, tout se fait progressivement avec à chaque fois le plein d'affection pour le chien. Les enfants sont complètement bénéficiaires de cette expérience car ils assistent à ce que nous pourrions appeler un don de soi, et de plus, ils comprennent comment on peut vivre avec un chien, les responsabilités auxquelles on s'engage. Je crois que pour eux cet acte sera inoubliable et constructeur de leur personnalité. Je dois également dire que ces familles sont nécessaires à l'existence même de l'action que mène une école de chiens guides d'aveugles.

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Guide pratique sur le dressage




L'éducation à l'école de Chiens Guides d'Aveugles de Paris et de la Région Parisienne repose essentiellement sur l'expérience du premier éducateur de son histoire, Monsieur ROMERO, fondateur de l'association. Elle se compose à la base des différentes expériences qu'il a vécues durant sa formation : Monsieur Corteville à Wasquehal (59), des stages en Angleterre et en Suisse.
Notre école, tout en s'ouvrant aux différentes influences, construit sa propre méthode à présent. Basée sur l'éducation naturelle (beaucoup de jeu) nous essayons d'obtenir des chiens techniquement complets et facilement accessibles aux déficients visuels.

Dans ce but, les familles d'accueil nous donnent un sacré coup de main. Par leur patience, elles contribuent à mettre les chiens sur les bons rails, car ils ne s'éduquent pas en un jour. La régularité dans les exercices garantit les progrès. Ainsi, elle permet aux chiots de s'habituer aux ordres en douceur, sur du long terme. Il s'agit essentiellement d'obéissance (marche au pied, assis, couché, debout) de travail de rappel... Mais ce sont des apprentissages essentiels pour maîtriser correctement le chien et garantir sa bonne tenue dans les lieux publics. La véritable éducation du chien guide commence à un an environ lorsque le chien rentre de famille d'accueil. Il est pris en charge par un éducateur et débute doucement ses apprentissages. Il est important d'abord de créer une bonne relation avec le nouveau venu et de faire en sorte qu'il se sente bien dans sa nouvelle demeure.

Les premières sorties se font généralement en laisse pour observer le chien (équilibre émotionnel, attirances et distractions diverses, qualité de la marche en laisse...). L'essentiel du travail consiste à faire de multiples séances d'obéissances, entrecoupées de jeux. Ainsi le chien s'amuse, mais apprend aussi qu'il existe une hiérarchie, indiscutable, avec l'Homme pour chef ! Pourquoi de multiples séances d'obéissances ? Justement pour que la méthode puisse être progressive et bien acceptée du chien.

L'obéissance comprend :
  • la marche au pied : ave laisse, ou sans laisse, elle témoigne de la relation du maître et de son chien, de la maîtrise affichée par l'Homme,
  • les positions (assis, couché, debout, stop...) : elles peuvent être utilisées, plus tard, pour stabiliser les chiens (lieux publics, rencontre avec un ami du déficient visuel dan la rue par exemple...),
  • le rappel : très important, il permet au chien de se détendre, de rencontrer des congénères et de faire de grandes courses. C'est la soupape indispensable au contrepoids de l'éducation.
  • le rapport d'objet : la plupart de nos chiens sont des "retrievers", ce qui signifie " rapporter. Nous utilisons donc leur qualité naturelle pour deux choses : jouer (à la balle par exemple) et ramener différents objets tombés au sol (porte-monnaie, clefs...). Bien utile dans un premier temps pour créer une relation avec le chien et dans un deuxième temps, pour l'aveugle, pour retrouver plus rapidement un objet au sol.
Dès que le chien a passé ces quelques semaines "de découverte", nous faisons les premières sorties au harnais. Sur des trajets simples, généralement autour de l'école, nous lui enseignons les premières bases du déplacement :
  • la ligne droite avec retour dans l'axe dès qu'un obstacle est franchi,
  • les ordres directionnels (droite, gauche, demi-tour),
  • les arrêts au trottoirs (avec ou sans passages piétons).
Durant cette période, nous mettons en place également les recherches utilitaires. Il s'agit pour le chien, avec un vocabulaire particulier, d'emmener son maître vers des endroits précis (passages piétons, arrêts de bus, boîtes aux lettres, bouches de métro...) ! C'est un apport très confortable pour le déficient visuel. Lorsque le chien devient autonome sur des trajets simples, nous commençons à mettre des obstacles sur sa route. En commençant par des obstacles au sol, nous allons ensuite installer des obstacles à mi-hauteur puis en hauteur. Il apprendra alors deux techniques majeures :
  • soit le chien aperçoit l'obstacle au loin, voit qu'il y a la place de passer à côté sans descendre du trottoir et il prend l'initiative de le faire,
  • soit tout le trottoir est obstrué et dans ce cas, le chien doit conduire son maître vers le caniveau et emprunter la chaussée, pour remonter dès que le trottoir est à nouveau praticable.
Voilà résumé bien simplement un travail de longue haleine ! Car en définitive, cela prend des mois, progressivement, de répétitions, de réflexions pour mettre en place la méthode la plus appropriée. Au tout début, nous utilisons beaucoup le mouvement, car le chien y est sensible. Ainsi par cette mise en éveil, nous favorisons au maximum un contournement naturel du chien. Ensuite, nous devons transposer cette méthode sur des lieux multiples, avec toujours la même progression d'endroits tranquilles vers d'autres plus animés.

Dès que le chien en a terminé avec cette phase de sensibilisation où nous lui laissons l'initiative sans trop le contrarier, nous enchaînons avec l'apprentissage renforcé. Il s'agit là de commettre volontairement des erreurs pour voir si le chien va les corriger ou s'y opposer. Par exemple, lorsque le chien nous signale un obstacle en hauteur, nous faisons mine de ne pas l'écouter et de vouloir continuer tout droit. L'animal, alors couché, doit refuser d'avancer. Ainsi il démontre la solidité de ses acquis... Et reçoit une récompense méritée pour cette difficile opposition au maître !

La phase finale, appelée responsabilité, consiste pour l'éducateur à travailler les yeux bandés. Protégé par un collègue, il peut, "en condition réelle", analyser les points forts et faibles de son chien, avant de lui faire passer l'étape ultime : le certificat. Il s'agit d'un parcours inconnu du chien et de l'éducateur qui regroupe toutes les difficultés apprises durant l'éducation. Il est obligatoire pour tous les chiens de l'école avant de pouvoir les proposer à des déficients visuels.

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Le rôle de l'ophtalmologue




Un ophtalmologiste, dans une école de chiens guides d'aveugles et de mal voyants, est-il indispensable et quel rôle peut-il bien tenir ? Essentiellement, celui de médecin, coordinateur et de conseiller. Bien évidemment, en tant que médecin, il évalue l'état de santé apparent physique et psychique du patient.
Il est le seul à pouvoir entrer en rapport avec les médecins traitants généralistes et spécialistes ophtalmologistes afin de connaître les traitements en cours : généraux (antidépresseurs, antihypertenseurs, neurologiques, cardiaques, etc.) et les traitements locaux pouvant influer sur le comportement.
Il évalue les capacités visuelles restantes et utilisables par le patient, eu égard à la pathologie que lui seul connaît : perception lumineuse, acuité encore chiffrable (représentant deux capacités très différentes de déplacement), gêne centrale importante avec fixation excentrique, état des champs visuels central et périphérique. En contact permanent avec l'équipe, il prescrit, en fonction des évaluations : rééducation de locomotion et de vision fonctionnelle, en vision de loin et en intermédiaire, essentiellement, avant d'entreprendre une démarche de formation avec un chien.
Il indique, lors de réunions avec l'équipe, les éléments nécessaires à chacun pour la compréhension de la pathologie du patient, son évolutivité ou sa stabilité (deux facteurs importants). Enfin, son rôle est de donner son impression à l'équipe sur la motivation du demandeur et ses capacités à recevoir chez lui et à soigner pendant longtemps un chien, ceci en collaboration avec le psychologue présent dans l'équipe.
Il discute avec la famille, l'interrogeant sur les habitudes de vie du patient et ses motivations de façon à bien le connaître. Il conseille donc le patient et la famille en fonction de l'autonomie du premier et des motivations de chacun d'eux.
Enfin le patient peut se confier à lui s'il doute de ses propres capacités à acquérir un chien et le médecin pourra lui conseiller éventuellement de faire une préparation plus longue avec le psychologue ou un psychiatre et en informer l'équipe.

En conclusion, le rôle du médecin est de :
  • Connaître le patient et sa pathologie.
  • Examiner et évaluer les capacités tant visuelles que générales.
  • Prescrire éventuellement des rééducations préliminaires.
  • Conseiller l'équipe, le patient et la famille.
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Voir et percevoir




La présence d'un psychologue au sein de l'Ecole de Chiens Guides d'Aveugles de Paris et de la Région Parisienne peut paraître étrange, incongrue et sans objet.
Mais si on constate par observation, par expérience et réflexion que de remettre un Chien Guide ne correspond par à un acte anodin, ni allant de soi, qu'il engage une série de mécanismes, de remises en question qui peuvent autant favorises des modifications personnelles positives et/ou négatives par rapport au vécu du handicap. Cela à plus ou moins long terme, si le chien est remis trop tôt sans une préparation globale, au niveau de la locomotion, de la sensibilisation-chien et du vécu psychologique qui accompagne cette demande de Chien Guide.
Face à ce constat, la place du psychologue à l'Ecole de Chiens Guides de Paris et de la Région Parisienne s'envisage sous un autre angle et nous incite à se demander, puisque son intérêt n'est plus en cause, en quoi consiste son travail.
En effet, cette prise en charge globale, au niveau du demandeur de Chien Guide, objective sa présence et le conduit à intervenir à tous les niveaux de la demande en ayant à chaque fois des fonctions et des actions précises, qui s'orientent dans le sens d'une préparation psychologique "globale" conduisant progressivement l'aveugle ou le malvoyant à évoluer dans sa demande pour mieux la comprendre, se comprendre lui-même et pouvoir engager, construire et profiter de projets adaptés à la réalité en général et à celle plus spécifique de la relation Maître/Chien Guide.
Ce travail démarre par l'étape de l'évaluation de la demande où le psychologue effectue un ou des entretiens psychologiques si nécessaire et étudie la teneur des motivations au travers de l'anamnèse, de critères étilogiques, de mise en place de techniques d'entretien visant autant que faire se peut, à appréhender une esquisse de la personnalité du demandeur et un contenu aux motivations.
Autrement dit, le psychologue travaille sur le vécu du patient par rapport à son handicap, dimensionnel la place du chien et ses conséquences sur le système environnemental du déficient visuel (famille, amis, travail ou non...). Enfin le psychologue expose le contenu psychologique de cette demande face aux exigences pré-requises du Chien Guide et de déplacement en sécurité au sein d'une réunion de synthèse pluridisciplinaire où sera discuté le bien fondé de la remise d'un chien guide à la personne déficiente visuelle.

Pour conclure, cet exposé ne représente qu'une partie du travail du psychologue à l'Ecole. D'autres aspects seront abordés ultérieurement au sein des parutions prochaines de ce nouveau journal.

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La locomotion




Toutes personnes aveugles ou malvoyantes faisant une demande ou un renouvellement de chien auprès de l'Ecole rencontre un instructeur en locomotion en vue d'une évaluation. Celle-ci nous permettra d'estimer si la personne se déplace en sécurité ou non, de connaître son niveau d'autonomie et son environnement. Tous ces renseignements seront précieux pour l'éducateur pour l'attribution du chien. Tentons d'abord de définir ce qu'est la locomotion...
C'est un ensemble de moyens permettant aux déficients visuels de se déplacer de façon autonome en dépit de leur handicap. Elle s'adresse aux personnes non voyantes et à celles dont les possibilités visuelles ne suffisent pas à assurer indépendance et sécurité dans les situations de la vie courante. Trop souvent confondu avec la seule utilisation de la conne blanche, elle s'appuie sur un acquis psychomoteur (connaissance de la positon de son corps dans l'espace...) et tend à l'éveil des moyens de compensation sensorielle du handicap visuel (une meilleure utilisation des autres sens : audition, olfaction...).

Elle exige aussi un développement :
  • de l'observation,
  • de la capacité de visualisation (se représenter mentalement un trajet ou un lieu),
  • d'utilisation des repères,
  • de la mémoire,
  • du raisonnement,
  • de la réflexion logique.
Un apprentissage régulier et suivi contribue à ce que ces différents éléments s'associent pour amener peu à peu le déficient visuel à un maximum d'autonomie dans sa vie personnelle est sociale quotidienne. Il s'agit d'acquérir les moyens de maîtriser l'environnement ainsi que la faculté d'adaptation nécessaire pour transposer en fonction des situations, les connaissance acquises. Le but profond de la locomotion est de favoriser l'équilibre et l'épanouissement de la personne déficiente visuelle de même que son insertion dans la vie active.

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Le stage de remise




Même si l'étape préparatoire de pré-stage s'est bien déroulé, le stage de remise reste un moment crucial pour bien entamer l'histoire du déficient visuel avec son chien. Nous essayons au mieux de l'individualiser, afin que chaque personne se sente écoutée. Au départ, na nécessité de conseiller, les personnes est permanente, pour rectifier la position du corps, du bras, la synchronisation ave le chien, l'utilisation de la laisse, du harnais... une multitude de choses qui ne semblent que des détails et qui vont pourtant permettre à chaque personne d'apprendre les bons geste. Le programme, élargi il y plusieurs années à trois semaines au lieu de deux, se veut complet et progressif. Beaucoup de déficients visuels découvrent encore le chien guide et malgré la motivation, c'est un nouveau mode de déplacement qu'il appréhendent. Certains d'entre eux ont du mal à appréhender de nouveaux repères, davantage sensoriels que physiques (trottoirs, murs, obstacles). La confiance n'est pas encore là et cela se comprend. Le chien n'a pas non plus fait le transfert de son travail avec le déficient visuel. Voilà pourquoi nous devons être très présents encore et proposer un stage qui permette à toutes et tous de réapprendre la marche naturelle. Au centre, durant deux semaines, nous fixons les vases d'une relation affective et technique. Affective dans le sens où la personne déficiente visuelle gère maintenant complètement son chien en parfaite autonomie. Le pré-stage nous aide dans ce sens, en permettant au déficient visuel de se sentir davantage chez lui. Il peut ainsi seul emmener son chien aux besoins, le nourrir, le brosser, trouver des amis pour le faire travailler (obéissance, obstacles) ou le détendre en pleine nature. Des maquettes sont à sa disposition pour l'y aider. Un travail technique quotidien permet également à la personne de prendre de nouveaux repères pour son déplacement. En même temps que le chien, nous devons donner "ce qu'il contient" c'est-à-dire faire en sorte que le déficient visuel en sache autant que nous à son sujet : parler de psychologie canine, décrire ses émotions, ses récréations. Ces connaissances lui sont indispensables pour gérer progressivement les obstacles que nous mettons sur sa route. Durant le stage, nous adaptons notre programme d'éducation, avec le déficient visuel comme nouveau partenaire du chien. Les objectifs sont définis le plus clairement possible afin que chaque sortie soit efficiente. Nous allons dans les rues, les transports, les boutiques pour avoir un champs de déplacement le plus large possible. Afin de synthétiser les acquis, nous faisons passer des tests individuels à chaque personne. Elles ont plusieurs questions à répondre sur la technique de déplacement avec un chien guide, sur les bases vétérinaires et l'origine de la race de leur chien. En pratique, elles doivent nous démontrer leurs connaissances, autant dans les exercices d'obéissance qu'au travers d'un parcours au harnais. Durant ce trajet, expliqué au départ, elles retrouvent toutes les difficultés appréhendées durant le stage. Ceci dit, il faut s'assurer que le déficient visuel comprenne bien chaque exercice. De même, il faut lui transmettre les clés de l'apprentissage afin qu'il puisse gérer l'imprévu ou même apprendre du nouveau à son chien. En troisième semaine de stage, nous allons au domicile du déficient visuel mettre en application les bases du déplacement avec un chien guide sur ses trajets connus. Beaucoup de personnes attendent ce moment du retour chez soi comme une libération, en se disant que les choses seront plus faciles. Mais le chien lui, à son tour, navigue dans l'inconnu. Le déficient visuel doit rester vigilant et accepter d'être patient avant que son chien n'est entièrement pris ses repères. Ce dernier renifle généralement davantage pour faire la découverte des lieus et notamment de ses autres congénères qui y habitent. Durant le stage à domicile, il ne faut pas omettre de travailler avec la famille du déficient visuel, surtout celle qui est proche comme le conjoint, les enfants... Il faut expliquer les rôles et responsabilités de chacun pour que le chien s'intègre idéalement. Le maître instaure et fait respecter les codes visant son chien (les besoins, la nourriture, place du tapis dans la maison...). Dans le même sens, il faut réaliser cette mise en place sur le lieu de travail, pour les mêmes raisons de bonne intégration. Le chien guide ne doit pas être subi ! Cette présentation doit être faite le plus souvent possible avec notre accompagnement dans des lieus très divers (église pour son maître organiste, piscine, gymnase, stade...). Chaque parcours est fait et refait jusqu'à la perfection par ordre d'importance. A ceux-ci s'y rajoutent obligatoirement ceux du vétérinaire et de la détente. Le stage de remise se termine encore par une évaluation théorique. L'équipe est alors prête pour voler de ses propres ailes dès cet instant. Nous reviendrons six semaines plus tard pour un dernier contrôle, avant de signer le contrat qui nous lie à nos utilisateurs. Ceci dit, le suivi permanent, mis en place par la suite, entretient les liens tissés entre nous. Pour illustrer un des 20 thèmes abordés en pratique lors de la remise, nous allons nous pencher sur un exercice précis mais oh combien important : l'ordre directionnel. Avec son éducateur, le chien-guide a appris à connaître : droite, gauche, devant et demi-tour.
Première semaine de stage : Son maître, déficient visuel apprendra à utiliser cette connaissance.
Quelle intonation de la voix devra-t-il avoir ? Quelle doit être la position de son bras, de son corps lorsqu'il veut que son chien aille à droite ?
A quel moment dire à gauche ou à droite. A l'intersection, avant, à 5 mètres ; comment prendre des repères ?
Deuxième semaine de stage : Sachant tout cela, en 2ème semaine de stage, toujours à l'école (ou ses environs), son maître apprendre à l'appliquer en dynamique dans un environnement donné. Comment demander à son chien de trouver à droite la porte de la boulangerie, ou à gauche le passage piéton pour traverser.
Troisième semaine : Maintenant, la 3ème semaine, il faudra appliquer tout cela à domicile. Par exemple pour se rendre au travail, il faudra prendre la 2ème rue à droite, puis la 1ère à gauche et chercher l'arrêt de bus sur la droite. C'est d'abord accompagné de près par l'éducateur, que le maître et son chien-guide apprendront à traduire tout cela par les ordres adéquats.

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Mon chien, mon travail




Je suis le chien-guide de Maudy PIOT, qui est psychanalyste et psychothérapeute (métier passionnant et intriguant). Je l'accompagne partout, à l'hôpital, aux réunions ici et là, aux congrès qui se tiennent dans toute l'Europe. J'en connais des pays et des hôtels !

Cela fait trois ans que je vais à l'hôpital chaque jour avec ma maîtresse. J'ai été tellement bien accueilli par les collègues et les secrétaires de Maudy que c'est un régal d'aller travailler. Le bureau de Maudy est spacieux. Elle m'a préparé un coin super : en enlevant les portes d'un placard, elle m'a fait une niche quatre étoiles avec moquette et cuvette bleue. Je dois y rester tranquille en faisant semblant de dormir quand Maudy reçoit ses patients.

Elle reçoit beaucoup d'enfants. C'était drôle au début ; ils venaient me dire bonjours avant de commencer leur séance de thérapie, puis au revoir en partant. Ils m'ont tous dessiné. On est devenu copains, sans bruit, mais avec le coeur. Je les aime bien : ils viennent parler de leurs difficultés, beaucoup n'aiment pas l'école (je crois que je les comprends). Les plus drôles sont les grands adolescents qui racontent plein de bêtises. Maudy recevait depuis plus d'un an un petit garçon de quatre ans et demi qui était autiste (c'est-à-dire qu'il ne parlait pas). Quand il m'a vu pour la première fois, il a eu peur. Maudy lui a expliqué que j'étais gentil, que je ne bougerais pas etc. Prudemment il a commencé à s'approcher de moi, mais il était très agressif et voulait me tirer les oreilles. Ce n'était pas pour me faire du mal, mais c'était son angoisse. Maudy lui prenait la main, lui apprenait à caresser ma toison soyeuse, lui faisait découvrir mon corps tout en lui parlant. Puis, un jour, en arrivant, il s'est blotti contre moi et s'est endormi. Souvent, par la suite, il venait poser sa tête sur mon ventre et, d'agité qu'il était, devenait calme. Le premier mot qu'il a prononcé a été : "chien". Maintenant il parle et il m'aime bien.

Le moment que je préfère, c'est la pause-café. Maudy et moi allons dans la cuisine du personnel et tout le monde s'extasie sur mon obéissance, ma discrétion. L'endroit est cool ; je sais que je ne dois pas déranger, mais parfois on me glisse un petit gâteau. Si Maudy s'en aperçoit, elle n'est pas contente et explique à ses collègues qu'on ne doit pas me donner de nourriture. Je n'ai toujours pas compris pourquoi !

En conclusion, je dirai que je suis très heureux, car Maudy se déplace souvent et j'aime ça. Le plus dur, ce sont des réunions interminables durant lesquelles je ne peux que dormir. Je me sens bien dans ce milieu où les gens sont sympathiques. Et si vous saviez tout ce que j'apprends !

LOXLEY chez Maudy PIOT

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