Extrait de la revue "Le Chien Guide" numéro 4
Paroles de futur chien guide en éducation
Les Éducateurs de l'École de Paris pensent que pour que je sois en forme pour apprendre, je dois bien me sentir à chaque moment de la journée. Aussi, je vais vous décrire comment se découpent une journée, une semaine et plus généralement mes six mois de présence à l'École.
Chaque éducateur a trois chiens à éduquer. Ils disent qu'ils attachent de l'importance à nous choisir. Ils ont raison car un bon feeling au départ peut faciliter l'établissement d'une bonne relation. Moi ce que je veux c'est manger, boire, jouer, être caressé et coopérer "travailler pour les hommes" si on est gentil et pédagogue avec moi. La vie à l'École est très différente de celle que j'avais en famille d'accueil mais elle n'en est pas moins agréable.
Notre lieu d'habitation se divise en trois parties : le box, la courette et l'enclos qui est un espace de semi détente.
Le box est une partie fermée pour la nuit, assez spacieux, carrelé au mur avec une résine au sol et un chauffage par le sol, pour l'hiver. Il y a des caillebotis à différentes hauteurs pour ainsi respecter la hiérarchie et de l'eau toujours fraîche.
La courette est aussi entourée d'un petit grillage. Rarement, il arrive que l'un d'entre nous saute par-dessus. Là aussi il y a des caillebotis.
L'enclos est un lieu que je partage avec les autres chiens du chenil. Nous y sommes douze au maximum. C'est là que vers vingt et une heures nous faisons notre dernière sortie du soir.
Ces trois espaces font l'objet d'une hygiène particulièrement rigoureuse. Une fois par semaine on passe même l'aspirateur dans le box et la courette. Les véhicules de transport et les allées régulièrement empruntés, sont désinfectés avec beaucoup de soin et d'attention.
Du lundi au vendredi les éducateurs arrivent à huit heures du matin; Les " bonjours " sont très démonstratifs, nous devons très vite aller faire nos besoins au caniveau. Les éducateurs de l'Ecole, exemplaires, nettoient derrière nous. D'ailleurs, ils attachent de l'importance à l'exécution de tous les actes aussi petits soient-ils. Nous, on aime ça.
Le lundi matin la première chose que font les éducateurs c'est de lire le cahier du week-end. Ils ont besoin de savoir si tout c'est bien passé. Jusqu'à dix heures ce sont des moments particuliers qu'ils appellent exercices collectifs de rappel, de rapport,... Au départ, on se défoule et après on est très sérieux. De retour à l'école on boit, on mange, on nous brosse, on nous palpe de partout. Les yeux et les oreilles sont systématiquement vérifiés, parfois on nous pèse. Nous sommes déparasités et vermifugés tous les deux mois.
Pour nous, un des éléments auquel bous sommes très sensibles, c'est la cohérence et malgré tous leurs efforts, on observe parfois quelques imperfections. C'est très difficile d'être un "homme chien".
Le lundi matin à partir de 10h00 c'est cool, les éducateurs sont en réunion. Après le déjeuner, ils reviennent nous voir. Ils ont des feuilles qu'ils appellent " progressions et objectifs à atteindre ". Bien entendu pour nous, cela ne veut pas dire grand chose. Nos éducateurs ont sélectionné une trentaine de lieux (marché, métro...) où nous effectuons les exercices. En fonction de nos niveaux, les éducateurs adaptent leurs exigences.
Très souvent nous partons en ville, en voiture. Nous sommes toujours tous les trois ensembles. Mon maître dit que je suis le plus soumis des trois et c'est pour cela qu'il me prend toujours en dernier. Lorsque nous sommes tous les quatre, il caresse toujours le plus fort de nous mais lorsque nous sommes tous les deux, loin du regard de mes deux compagnons, il est très attentionné avec moi.
Le temps passe très vite, il est déjà seize heures trente, nous devons rentrer à l'école. A peine arrivé, notre éducateur va vers la cuisine, prépare nos gamelles, nous les apporte et, suivant toujours le même rituel, nous fait manger. Il nous emmène ensuite vers les enclos de détente où nous passons un petit quart d'heure ensemble. Nous avons droit aux dernières papouilles de la journée.
Tiens voilà COLIN ! C'est la personne qui est chargée du chenil jusqu'à vingt et une heures. Il converse toujours un peu avec tous les éducateurs et éducatrices. Ils disent qu'ils se transmettent des informations. Avant de nous quitter jusqu'au lendemain, une dernière vérification, un dernier petit coup de raclette, un dernier regard.
Certains soirs, les éducateurs nous emmènent avec eux. Ils disent qu'ils veulent mieux nous connaître. Parfois c'est parce que nous ne sommes pas en forme. Nous ce que l'on préfère c'est partir pour le week-end ; deux jours complets en tête-à-tête. Lorsque nous restons le week-end à l'École, les matins nous allons dans le bois pour de longues promenades. Le dimanche, on nous donne un gros os à moelle, c'est un vrai festin.
Tous les jours se ressemblent un peu. Nous les chiens nous avons besoin de routine. Ce sont nos maîtres qui sont parfois un peu différents, on peut même dire qu'ils sont tendus, c'est comme ces jours où ils doivent mettre un bandeau sur les yeux, ils simulent l'aveugle. Ce sont les jours des évaluations.
J. ROMERO